mardi 16 avril 2013

Ces oeuvres d'art qui font l'Afrique (3): Néfertiti, la Mona Lisa Egyptienne


          ‘‘Le buste de Néfertiti’’ est un long mélodrame entre l’Egypte et l’Allemagne qui se disputent une très belle femme depuis près de 90 ans. Enlevée en Egypte, Néfertiti s’est retrouvée malgré elle dans le froid de Berlin, bien loin des rives ensoleillées du Nil. Et depuis lors, l’Egypte ne cesse d’user de stratagèmes politico-diplomatiques pour récupérer sa bien-aimée. Détrompez-vous, il ne s’agit pas du synopsis du tout dernier film de Sidiki Bakaba*, mais bien de la réalité que vivent ces deux pays à cause d’une histoire de... buste. Rappel des faits...


Description

Archétype de la beauté féminine, le buste de Néfertiti  est une sculpture représentant une reine égyptienne du même nom, épouse d’Akhenaton. Cette sculpture est décrite comme le buste d’une femme avec un long cou, aux sourcils légèrement arqués, aux pommettes hautes avec un nez fin et un sourire énigmatique sur ses lèvres rouges (d’où sa comparaison avec la Joconde.) Le buste de Néfertiti est considéré comme l'un des plus beaux visages de l'Antiquité. D’ailleurs, c’est la représentation la plus célèbre au monde d'un visage féminin après celui de Mona Lisa (La Joconde) et le buste le plus célèbre de l'art antique. Pour info, Néfertiti signifie ‘‘la belle est venue.’’

Découverte et expatriation

Le buste de Néfertiti fut découvert le 6 décembre 1912 à Tell el-Amarna en Egypte par un archéologue allemand qui obtient l'autorisation (donnée par qui ??) de le rapporter à Berlin afin de  ‘‘mieux’’ l'étudier. Après être passé de mains en mains, le buste atterrit finalement au Neues Museum de Berlin, où pour la première fois, il est exposé publiquement en 1924. Tiens, tiens, que fait-on normalement après avoir étudié un objet qu’on a emprunté ?? 

Néfertiti au cœur d’un incessant ballet diplomatique …

Ayant ainsi découvert l’intention cachée de l’Allemagne, les autorités égyptiennes n’ont dès lors cessé d’exiger le retour de leur bien-aimée sur les rives du Nil. Elles ont d’abord menacé d'interdire les fouilles allemandes en Égypte si le buste de Néfertiti n'était pas rendu. Que nenni !

Ensuite, elles ont offert de l'échanger contre d'autres objets. Rien n’y fit!  C’était sous-estimer le fol amour qu’Hitler, (oui vous avez bien lu!) vouait au buste de  Néfertiti. Les rares fois où sa fibre humaine réussissait à prendre le dessus, il décrivait cette sculpture comme un « chef-d'œuvre unique, un ornement, un vrai trésor ». Le buste de Néfertiti fait d’ailleurs partie des amours aussi rares qu’ambigües du Führer, à savoir, sa mère, sa nièce, sa chienne et l’Allemagne… Justement en 1933, alors qu’un dignitaire du régime nazi comptait restituer le buste de Néfertiti à l’Egypte afin d’obtenir d’elle son soutien au nazisme, Hitler s’y opposa farouchement car il avait de bien plus ''nobles'' ambitions pour la belle Néfertiti.  En effet,  il envisageait de faire construire un grand musée où le buste de Néfertiti serait l'attraction centrale.

Bref, cela explique le fait que, durant la seconde guerre mondiale, alors que les musées allemands furent  vidés et les objets placés en lieu sûr, la précieuse Néfertiti fut cachée à différents endroits de peur d’être détruite ou volée. L’histoire nous dit même qu’à l'automne 1941, le fameux buste fut caché dans un bunker de Berlin (celui d’Hitler ?) 


L’Egypte qui ne s’avoua pas vaincue alla de tractations en tractations.  Ainsi, elle sollicita en 2005 l'intervention de l'UNESCO pour récupérer sa bien-aimée, car elle affirme que le buste serait sorti illégalement du territoire et doit donc être rendu. Elle exigea d'ailleurs que l'Allemagne prouve son acquisition légale. Echec et mat !

En désespoir de cause, elle demanda à l'Allemagne de lui prêter le buste pour l'ouverture du Grand Musée égyptien du Caire en 2012. Mais l’Allemagne n’est pas prêteuse ! C’est là son moindre défaut ! Elle prétexta alors  que la sculpture était très fragile et que cela empêchait tout transport. Elle ajouta en plus que l’Égypte ne disposait pas d'arguments juridiques solides pour faire retourner Néfertiti en Allemagne après l'ouverture du dit musée. Apparemment, elle avait déjà fait sienne Néfertiti et ne comptait plus s’en séparer …  

Polémiques autour du buste  

Cependant en 2009, une polémique vint éclabousser la réputation de la belle Néfertiti. En effet, l’historien Henri Stierlin qui dit travailler sur le sujet depuis 25 ans déclara que le buste de Néfertiti était un faux !  Il a même défendu sa thèse dans son livre ''Le buste de Néfertiti, une imposture de l'égyptologie?'' (Infolio) dans lequel il étaie ses arguments mettant en cause l’authenticité du buste. Cette allégation d’imposture a été pour les autorités Égyptiennes la goutte d'eau de trop. Elles ont déclaré que ‘ Stierlin n'est pas un historien. Il délire !’’  Dietrich Wildung, directeur du musée égyptien de Berlin, qui expose le buste n’est pas resté en marge de la vague de réactions. En effet, il s'est indigné en ces termes: ''Nous ne mettons pas dans nos vitrines des œuvres douteuses pour les quelques 700.000 visiteurs que nous recevons chaque année !'' Ne s’arrêtant pas là, il a même osé ajouter que ''l’ouvrage d’Henri Stierlin  est à ranger dans le rayon bande-dessinée et non pas scientifique !'' En termes plus simples, c’est un livre pour deux sous ! Voila ! 
Toujours au compte des polémiques, une autre théorie suggère que l’actuel buste de Néfertiti serait une copie conçue dans les années 1930 sur ordre d’Hitler (oui, encore lui !) et que l'original aurait été perdu durant la Guerre Mondiale.

Le buste de Néfertiti, icône de l'art Africain 
Loin de jeter le discrédit sur le buste de Néfertiti, toutes ces polémiques n’ont fait que contribuer à sa célébrité. Il est devenu l'un des symboles les plus admirés et copiés de l'ancienne Égypte. Le visage de Néfertiti est même représenté sur les cartes postales de Berlin et, en 1989, un timbre à son effigie a été émis.  

Timbre a l'effigie de Néfertiti


Et ce buste constitue l'attraction vedette de la visite des musées de Berlin en attirant chaque année environ un million de visiteurs qui ne voient point en cette sculpture une œuvre d’art européenne mais bien comme étant ''l'œuvre la plus connue de l'art de l'Ancienne Égypte et sans doute de toute l'Antiquité.'' 
Ce qui est tout en l’honneur de l’Afrique ! 



Au-delà de ces palpitants rebondissements dignes d'un feuilleton télé, l'histoire du buste de Néfertiti révèle la triste réalité de toutes les œuvres d’art africain d’une valeur inestimable qui ont été subtilisées à l’Afrique et les vains efforts diplomatiques engagés pour qu'elles soient restituées à leur pays d’origine...  


*Sidiki Bakaba: célèbre cinéaste ivoirien 
 
       

2 commentaires:

Grand-duc a dit…

Qu'elle reste là-bas, Al-Sissi ne pourrait pas la protéger.

Grand-duc a dit…

Qu'elle reste là-bas, Al-Sissi ne pourrait pas la protéger.